Le café est indubitablement italien. Même si de très bons cafés peuvent être éthiopiens ou sud-américains. Mais, le café est meilleur sur une place méditerranéenne. En Provence, sur une terrasse ombragée par les platanes; sur une aire d'autoroute où l'on s'est arrêté et qui sent bon le départ en vacances, par une chaleur écrasante; au soleil timide de l'hiver, après avoir traversé la ville à vélo, pour se réchauffer.
Le café est la boisson des pauvres: c'est la moins chère. Celle qui permet de se poser sans se ruiner.
Ce qui me plaît le plus, c'est d'entrer dans un café (surtout à notre époque où plus personne ne fume à l'intérieur): l'odeur vous assaille, le brouhaha familier des gens attablés, souvent les mêmes suivant le jour et l'heure où l'on va déguster son petit noir, cette puissante odeur de café qui me fait gonfler les poumons pour pouvoir l'aspirer entièrement, me donner l'eau à la bouche, la savourer déjà. La télé diffuse un match de foot. Le serveur s'approche de ma table, et, sans que j'ai rien demandé, me sert mon "caffè stretto". Car je suis une habituée: tous les samedis matin, accompagnée ou seule, toujours avec mon magazine féminin. Pour le remercier, je lui envoie un compliment sur sa perspicacité: je me sens chez moi.
Toujours dans le même café: je n'aime pas changer car je suis une puriste...La marque proposée doit me convenir, à tel point que je regarde les tasses si je suis dans une ville inconnue. Idem pour le lieu: pas de voitures à proximité, une vue dégagée. Le café est un instant de pose, où l'on reprend des forces. Il faut se couper du monde, spatialement et temporellement.
Il peut aussi marquer la fin d'un bon repas, le prolongement de la convivialité: "Qui reprend du café?"
Le café est varié: noisette, allongé, serré, double, liégeois. Chacun le sien. Selon son humeur ou ses habitudes. Il s' adapte à tous.
Le pire? Celui bu en Angleterre et qui méritait bien son affreux nom de "jus de chaussette".
Le meilleur? Celui bu en Italie, dans un hôtel napolitain, au petit-déjeuner.