Tu es parti hier et je suis indiciblement triste...Je pleure.
Tous les souvenirs aujourd'hui me reviennent en mémoire: le jour où j'ai lu l'annonce dans le journal: Donne Cocker. Celui où j'ai été te chercher: tu t'es roulé dans les feuilles d'automne, ivre de liberté retrouvée; je t'ai emmené chez le toiletteur: tu n'étais plus le chien sale, plein de puces que j'avais récupéré; tu étais beau, ta robe luisait au soleil, douce; tu caracolais fièrement. Nous menions notre petite vie à deux: je te mettais dans un sac à dos, on partait à vélo, tout le monde s'extasiait sur la route; on allait à la plage, je te lançais des morceaux de bois que tu courais chercher en nageant, tu aboyais après les vagues, après les papillons...
Puis, Jean est arrivé: lorsque je suis revenue de la clinique je te l'ai présenté, petit d'homme dans sa nacelle, en espérant que ce soit un nouveau compagnon de jeu; et ce le fût. Je revois encore cette photo que j'adore où vous êtes tous les deux assis sur le seuil de la porte d'entrée, lui avec un casque pour écouter la musique et toi, le même casque en plastique sur tes longues oreilles!
Puis Eulalie: toujours fourrée dans ton panier, à t'apporter des jouets: diadème de princesse, peluches en tous genres! Et toujours en train de te faire des bisous. C'est drôle de voir comme les petites filles aiment les animaux...
Tous mes amis t'aimaient: tu ne sauras jamais tous les témoignages que j'ai eus; oui, tu étais un chien exceptionnel, d'une douceur extraordinaire, toujours partant pour un câlin, des léchouilles qui m'agaçaient quand je faisais mes étirements en revenant de mon footing!
Les belles balades, longues, il y a encore peu de temps; tu nous suivais péniblement lors des dernières, mais tu semblais apprécier te promener en liberté, en pleine nature.
C'était chouette. J'ai du mal à imaginer ma nouvelle vie sans toi. Moi qui râlais toujours parce qu'il y avait des poils partout, qui m'excusais auprès de tous ceux qui venaient à la maison parce que les derniers temps tu puais, il faut bien dire ce qui est...Plus de promenades le soir. Plus ton regard content quand la porte s'ouvrait...Je me demande ce que je vais bien pouvoir mettre à la place de ton panier, car je ne peux laisser la place vide...
Cela fait maintenant trois semaines...Je n'ai rien mis à la place de ton panier, finalement...Je pense toujours à toi, à ta disparition; c'est étrange, je n'arrive pas à imaginer la disparition physique: être là et ne plus l'être. Comment est-ce possible? C'est ce qui me dérange le plus dans la mort, je crois. Ce qui me semble le plus inconcevable. Tu as été incinéré; tu es désormais poussière.
Je ne vais plus sur le port de la même façon: j'ai du mal à aller jeter les bouteilles et les cartons qui s'entassent et finissent par me gêner au plus haut point sur la loggia.
Notre vie est différente désormais, sans toi.
Ton nom? Il venait d'un disque de Brigitte Bardot, un film, mais je ne sais plus lequel...Je le retrouverai sûrement un jour. Et j'écouterai la chanson avec un sourire nostalgique.