mercredi 26 février 2014

Lettre à Jean-Marie.

Cher Jean-Marie,

Il y a des années que nous ne nous sommes parlés; enfin, que je me suis adressée à toi.
Je t'avais "rangé", dans le lointain de ma mémoire. Pas oublié, parce que ça, je ne le pourrai pas. Mais tu étais dans un coin de mon esprit, de mon coeur, je pensais à toi de temps en temps, me remémorant le doux temps des reprises à cheval, la chaleur, la poussière, ta gentillesse, ta douceur, tes conseils de cavalier aguerri.
Je me souviens d'une chose particulière: j'avais le désir, mais cela remonte à maintenant très très loin, et je ne sais plus pourquoi, de faire une balade à cheval avec ton frère et toi. Tu devais me parler de lui… Je me souviens de ce désir ardent.

Je me souviens aussi du jour de la déchirure. Cette annonce à la radio, alors que j'étais en reprise justement. A cheval. Cela ne pouvait pas se passer autrement. Je suis descendue, j'ai couru vers les hauts-parleurs. Et j'ai pleuré.

Je te pleure encore aujourd'hui, mais plus de la même façon. Je pleure de colère et de douleur pour toi. Pour les tiens aussi.
Je viens de terminer le livre de Max Clanet.
Ma colère vient de là… Pourquoi eût-il fallu que ce soit toi? Pourquoi n'étais-tu pas en retard ce jour-là? Pourquoi  tous ces mensonges?
J'ai pleuré parce qu'en lisant ces lignes, j'imaginais ta douleur, ton corps meurtri et j'ai trouvé cela terriblement injuste. Si jeune, si doux…
J'ai terminé le livre tard dans la nuit et j'ai eu du mal à m'endormir.
Alors, je décide aujourd'hui de t'écrire. J'ai écrit aussi à l'association, j'ai laissé un message pour tes parents.
J'admire ton père qui se bat encore, après tant d'années, pour rétablir la vérité.
Alors, si je peux apporter un peu de soutien à tes parents, ton frère, je le ferai sans hésiter… en ta mémoire. Cela me permettra peut-être de retrouver un peu de toi… Toi, qui a nous été si enlevé brutalement…
Je terminerai cette lettre en te disant que je t'ai aimé, je n'étais alors qu'une gamine de quatorze ans, tu en avais vingt-six. Et tu resteras toujours présent en moi.