mercredi 25 juin 2014

Etre mère, être père.

En gros titre, ce matin dans Le Figaro: l'héritage de Mickael Jackson, cinq ans après.
Mon père est mort quelques jours après lui… Les larmes me montent aux yeux. Cela faisait longtemps que je n'avais pas pleuré en pensant à mon Papa. Cinq ans que je ne l'ai vu. Ni entendu sa voix, depuis longtemps disparue à cause de la maladie.
"L'inflexion des voix chères qui se sont tues"
Je regarde souvent sa photo, prise la dernière année. Par moi. En noir et blanc. Accrochée au frigo. Lorsque j'ai besoin d'un conseil, je la regarde et je retrouve ses yeux malicieux. La complicité qui nous liait. 
On ne disparaît jamais lorsqu'on est parent.

Ces jours-ci, une réflexion sur la parentalité hantait mon fond d'écran mental. 
Je retrace l'historique rapidement: 
A vingt-cinq ans, j'apprends que j'ai été adoptée (un membre de ma famille fait une gaffe…)
Quelques temps plus tard, je retrouve ma mère biologique. Elle me raconte mon histoire. Je ne trouve pas ça glauque, je redoutais un viol ou quelque chose dans le genre. Ouf… Ce n'est pas le cas.
Nous tissons des liens, tant bien que mal. La naissance de mes enfants aident à "re-tisser" les fils qui ont été rompus. D'origine italienne, elle nous prépare de bons petits plats, les réunions familiales avec mes tantes, oncles, nombreux cousins, où tout le monde à table parle et personne ne s'écoute me plaisent. Je me retrouve plongée dans un monde différent du mien, quasiment exotique. Et je m'y sens bien.
Depuis quelques temps, je trouve ma mère tendue. Ma tante et mon oncle se sont disputés avec un de leurs fils et je sens que Rita fait monter la tension entre nous. Elle vit loin, ne me gêne pas trop, je gère, comme on dit.
Samedi, elle vient nous voir. Elle me traite de "menteuse", "comme ma fille"… Froidement et calmement, je lui demande de sortir de chez moi. Je ne veux pas de tension dans ma maison, juste de la sérénité, du bonheur, la joie d'être ensemble; sinon, que chacun reste chez soi.
Dimanche, je reçois un texto d'injures. Auquel je ne réponds pas, évidemment.

Alors, question métaphysique: que faire, désormais? Puisqu'il s'agit d'un choix. Je considère que ma mère adoptive EST ma mère. Rita est la femme qui m'a mise au monde. Cela et seulement cela. La pensée de ne plus la voir ne me rend pas triste. J'ai bien souvent dit que je la voyais pour elle, parce que cela lui faisait plaisir, et cela plaisait aussi aux enfants. Moi, je me suis effacée derrière tout cela car je n'ai pas senti ni de lien fort, ni de lignée. Je ne me reconnais pas en elle. Je dois même avouer qu'elle incarne pour moi la vulgarité (preuve définitive est faite par le texto…), la bassesse. 
Je ne veux plus la voir. La seule chose qui me peine est que j'aimerais continuer de voir mon oncle et ma tante, que j'aime beaucoup. 
On disparait lorsque l'on n'est pas parent. 

mercredi 26 février 2014

Lettre à Jean-Marie.

Cher Jean-Marie,

Il y a des années que nous ne nous sommes parlés; enfin, que je me suis adressée à toi.
Je t'avais "rangé", dans le lointain de ma mémoire. Pas oublié, parce que ça, je ne le pourrai pas. Mais tu étais dans un coin de mon esprit, de mon coeur, je pensais à toi de temps en temps, me remémorant le doux temps des reprises à cheval, la chaleur, la poussière, ta gentillesse, ta douceur, tes conseils de cavalier aguerri.
Je me souviens d'une chose particulière: j'avais le désir, mais cela remonte à maintenant très très loin, et je ne sais plus pourquoi, de faire une balade à cheval avec ton frère et toi. Tu devais me parler de lui… Je me souviens de ce désir ardent.

Je me souviens aussi du jour de la déchirure. Cette annonce à la radio, alors que j'étais en reprise justement. A cheval. Cela ne pouvait pas se passer autrement. Je suis descendue, j'ai couru vers les hauts-parleurs. Et j'ai pleuré.

Je te pleure encore aujourd'hui, mais plus de la même façon. Je pleure de colère et de douleur pour toi. Pour les tiens aussi.
Je viens de terminer le livre de Max Clanet.
Ma colère vient de là… Pourquoi eût-il fallu que ce soit toi? Pourquoi n'étais-tu pas en retard ce jour-là? Pourquoi  tous ces mensonges?
J'ai pleuré parce qu'en lisant ces lignes, j'imaginais ta douleur, ton corps meurtri et j'ai trouvé cela terriblement injuste. Si jeune, si doux…
J'ai terminé le livre tard dans la nuit et j'ai eu du mal à m'endormir.
Alors, je décide aujourd'hui de t'écrire. J'ai écrit aussi à l'association, j'ai laissé un message pour tes parents.
J'admire ton père qui se bat encore, après tant d'années, pour rétablir la vérité.
Alors, si je peux apporter un peu de soutien à tes parents, ton frère, je le ferai sans hésiter… en ta mémoire. Cela me permettra peut-être de retrouver un peu de toi… Toi, qui a nous été si enlevé brutalement…
Je terminerai cette lettre en te disant que je t'ai aimé, je n'étais alors qu'une gamine de quatorze ans, tu en avais vingt-six. Et tu resteras toujours présent en moi.


dimanche 26 janvier 2014

Respirer

Respirer. Après avoir étouffé.
A l'image de l'héroïne de La leçon de piano, qui plonge, se laisse couler, et, tout à coup, remonte à la surface… sort la tête de l'eau et respire.
A l'image de Lulu, femme nue qui, se promenant au bord de mer, étend les bras, laisse le vent caresser ses cheveux et respire.
Des femmes détruites.


Je respire avec Toi. De concert. Tu es le vent dans mes cheveux, le vent qui monte en moi, m'oxygène, aère chaque particule de mon corps. Lui rend la vie. La prolonge.
Je respire aussi sans toi. En me promenant; avec mes amies; au cinéma; avec mes enfants; avec un livre; en écrivant. Il y a d'autres vents: tous les petits moments de bonheur que l'on peut savourer.

Je laisse entrer la Vie en moi. Le souffle.