Mon père est mort quelques jours après lui… Les larmes me montent aux yeux. Cela faisait longtemps que je n'avais pas pleuré en pensant à mon Papa. Cinq ans que je ne l'ai vu. Ni entendu sa voix, depuis longtemps disparue à cause de la maladie.
"L'inflexion des voix chères qui se sont tues"
Je regarde souvent sa photo, prise la dernière année. Par moi. En noir et blanc. Accrochée au frigo. Lorsque j'ai besoin d'un conseil, je la regarde et je retrouve ses yeux malicieux. La complicité qui nous liait.
On ne disparaît jamais lorsqu'on est parent.
Ces jours-ci, une réflexion sur la parentalité hantait mon fond d'écran mental.
Je retrace l'historique rapidement:
A vingt-cinq ans, j'apprends que j'ai été adoptée (un membre de ma famille fait une gaffe…)
Quelques temps plus tard, je retrouve ma mère biologique. Elle me raconte mon histoire. Je ne trouve pas ça glauque, je redoutais un viol ou quelque chose dans le genre. Ouf… Ce n'est pas le cas.
Nous tissons des liens, tant bien que mal. La naissance de mes enfants aident à "re-tisser" les fils qui ont été rompus. D'origine italienne, elle nous prépare de bons petits plats, les réunions familiales avec mes tantes, oncles, nombreux cousins, où tout le monde à table parle et personne ne s'écoute me plaisent. Je me retrouve plongée dans un monde différent du mien, quasiment exotique. Et je m'y sens bien.
Depuis quelques temps, je trouve ma mère tendue. Ma tante et mon oncle se sont disputés avec un de leurs fils et je sens que Rita fait monter la tension entre nous. Elle vit loin, ne me gêne pas trop, je gère, comme on dit.
Samedi, elle vient nous voir. Elle me traite de "menteuse", "comme ma fille"… Froidement et calmement, je lui demande de sortir de chez moi. Je ne veux pas de tension dans ma maison, juste de la sérénité, du bonheur, la joie d'être ensemble; sinon, que chacun reste chez soi.
Dimanche, je reçois un texto d'injures. Auquel je ne réponds pas, évidemment.
Alors, question métaphysique: que faire, désormais? Puisqu'il s'agit d'un choix. Je considère que ma mère adoptive EST ma mère. Rita est la femme qui m'a mise au monde. Cela et seulement cela. La pensée de ne plus la voir ne me rend pas triste. J'ai bien souvent dit que je la voyais pour elle, parce que cela lui faisait plaisir, et cela plaisait aussi aux enfants. Moi, je me suis effacée derrière tout cela car je n'ai pas senti ni de lien fort, ni de lignée. Je ne me reconnais pas en elle. Je dois même avouer qu'elle incarne pour moi la vulgarité (preuve définitive est faite par le texto…), la bassesse.
Je ne veux plus la voir. La seule chose qui me peine est que j'aimerais continuer de voir mon oncle et ma tante, que j'aime beaucoup.
On disparait lorsque l'on n'est pas parent.
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