mardi 19 janvier 2016

Amies



«Parce que c’était moi, parce que c’était lui», La Boétie.

En montant les escaliers ce matin, veille de mon anniversaire, je me suis projetée à samedi, lorsque je prendrai l’apéritif avec mes amies, entourée des personnes que j’aime et que j’ai choisies pour partager ma vie. 
Etrangement, cette projection m’a ramenée dans le passé. Je me suis revue, il y a quelques années, entourée d’autres amies que je ne vois plus aujourd’hui. Je les avais choisies sans les choisir: l’internat me les avait fait rencontrer et nous étions restées liées bien après le lycée. Elles font partie de mes souvenirs, et je sais qu’elles y resteront. Car je ne veux plus d’elles. Elles sont «enterrées» in petto en quelque sorte.
Ma fille était encore très petite à cette époque et j’étais très fatiguée par les tétées, le manque de sommeil, l’énergie qu’un nourrisson vous pompe en permanence, sans que la mère songe un instant à lui refuser quoi que ce soit. Un de mes très bonnes amies était descendue de Paris pour mon anniversaire. Juste pour le week-end. La seconde bonne amie de qui je tenais à la présence ce jour-là habitait Marseille, à une cinquantaine de km de chez moi. Les deux chipies avaient concocté une surprise... Je m’attendais à voir des personnes que j’aimais et, de même qu’aujourd’hui, je nous imaginais tous réunis autour d’une tablée, en train de rire, boire et manger, dans la plus parfaite harmonie. 
Le soir S arriva. L’amie que j’hébergeais me dit : « Nous allons à Marseille». Surprise, je lui demandais pourquoi. Parce que la Marseillaise est fatiguée, me répondit-elle. 
Je ne disais rien mais je pensais en moi-même: «Sacrée surprise, je dois me taper 100 km aller-retour, parce que Madame est fatiguée; elle n’a pas de gosses, n’a que son cul à s’occuper et Madame n’est pas foutue de faire le trajet jusqu’à Toulon pour l’anniversaire de son amie...». 
Je conduisis jusqu’à Marseille, en me demandant qui avait accepté de faire le trajet pour moi, alors que nous étions en plein hiver et que le froid battait son plein.
Il n’y en avait qu’une, à qui je fus très reconnaissante! Elle venait de Six-Fours... Tous les autres avaient refusé de venir, car la distance était trop longue. 
Je passai une soirée de merde, à en vouloir à ces deux «amies» qui ne s’étaient aperçues ni de mon épuisement, ni de mon dégoût. Elles avaient pensé me réjouir et n’avaient fait que m’écoeurer. Je les ai trouvées d’un égoïsme effarant. Aveugles et idiotes.
J’ai culpabilisé quelques temps en me disant qu’elle avaient fait au mieux, puis, l’épuisement grandissant, la séparation avec le père de mes enfants, la mort du mien, le déménagement, le changement de cadre et de vie ont fait qu’aujourd’hui elles ne sont plus qu’un lointain souvenir. Un souvenir taché par une de ces dernières soirées passée ensemble.

Ce matin, donc, en montant les escaliers, je me disais que mes amies actuelles sont bien plus aimantes et bienveillantes et qu’elles me correspondent mieux. Je serai heureuse samedi soir de partager un verre avec elles. Je monte les escaliers du bonheur. Elles ne seront que quatre. En petit comité. 
J’ai pris conscience, dans un éclair de pensée, que j’ai réussi à attirer, faire graviter autour de moi des personnes qui m’aiment. Nous sommes dans un échange et un partage permanent. Partage de sourires, de rires, de joies et de tristesse, de moments de faiblesse. Nous sommes là l’une pour l’autre. 

J’ai choisi mes amies et je sais que j’ai fait le bon choix. Parce que c’est moi, parce que ce sont elles. 

mercredi 25 juin 2014

Etre mère, être père.

En gros titre, ce matin dans Le Figaro: l'héritage de Mickael Jackson, cinq ans après.
Mon père est mort quelques jours après lui… Les larmes me montent aux yeux. Cela faisait longtemps que je n'avais pas pleuré en pensant à mon Papa. Cinq ans que je ne l'ai vu. Ni entendu sa voix, depuis longtemps disparue à cause de la maladie.
"L'inflexion des voix chères qui se sont tues"
Je regarde souvent sa photo, prise la dernière année. Par moi. En noir et blanc. Accrochée au frigo. Lorsque j'ai besoin d'un conseil, je la regarde et je retrouve ses yeux malicieux. La complicité qui nous liait. 
On ne disparaît jamais lorsqu'on est parent.

Ces jours-ci, une réflexion sur la parentalité hantait mon fond d'écran mental. 
Je retrace l'historique rapidement: 
A vingt-cinq ans, j'apprends que j'ai été adoptée (un membre de ma famille fait une gaffe…)
Quelques temps plus tard, je retrouve ma mère biologique. Elle me raconte mon histoire. Je ne trouve pas ça glauque, je redoutais un viol ou quelque chose dans le genre. Ouf… Ce n'est pas le cas.
Nous tissons des liens, tant bien que mal. La naissance de mes enfants aident à "re-tisser" les fils qui ont été rompus. D'origine italienne, elle nous prépare de bons petits plats, les réunions familiales avec mes tantes, oncles, nombreux cousins, où tout le monde à table parle et personne ne s'écoute me plaisent. Je me retrouve plongée dans un monde différent du mien, quasiment exotique. Et je m'y sens bien.
Depuis quelques temps, je trouve ma mère tendue. Ma tante et mon oncle se sont disputés avec un de leurs fils et je sens que Rita fait monter la tension entre nous. Elle vit loin, ne me gêne pas trop, je gère, comme on dit.
Samedi, elle vient nous voir. Elle me traite de "menteuse", "comme ma fille"… Froidement et calmement, je lui demande de sortir de chez moi. Je ne veux pas de tension dans ma maison, juste de la sérénité, du bonheur, la joie d'être ensemble; sinon, que chacun reste chez soi.
Dimanche, je reçois un texto d'injures. Auquel je ne réponds pas, évidemment.

Alors, question métaphysique: que faire, désormais? Puisqu'il s'agit d'un choix. Je considère que ma mère adoptive EST ma mère. Rita est la femme qui m'a mise au monde. Cela et seulement cela. La pensée de ne plus la voir ne me rend pas triste. J'ai bien souvent dit que je la voyais pour elle, parce que cela lui faisait plaisir, et cela plaisait aussi aux enfants. Moi, je me suis effacée derrière tout cela car je n'ai pas senti ni de lien fort, ni de lignée. Je ne me reconnais pas en elle. Je dois même avouer qu'elle incarne pour moi la vulgarité (preuve définitive est faite par le texto…), la bassesse. 
Je ne veux plus la voir. La seule chose qui me peine est que j'aimerais continuer de voir mon oncle et ma tante, que j'aime beaucoup. 
On disparait lorsque l'on n'est pas parent. 

mercredi 26 février 2014

Lettre à Jean-Marie.

Cher Jean-Marie,

Il y a des années que nous ne nous sommes parlés; enfin, que je me suis adressée à toi.
Je t'avais "rangé", dans le lointain de ma mémoire. Pas oublié, parce que ça, je ne le pourrai pas. Mais tu étais dans un coin de mon esprit, de mon coeur, je pensais à toi de temps en temps, me remémorant le doux temps des reprises à cheval, la chaleur, la poussière, ta gentillesse, ta douceur, tes conseils de cavalier aguerri.
Je me souviens d'une chose particulière: j'avais le désir, mais cela remonte à maintenant très très loin, et je ne sais plus pourquoi, de faire une balade à cheval avec ton frère et toi. Tu devais me parler de lui… Je me souviens de ce désir ardent.

Je me souviens aussi du jour de la déchirure. Cette annonce à la radio, alors que j'étais en reprise justement. A cheval. Cela ne pouvait pas se passer autrement. Je suis descendue, j'ai couru vers les hauts-parleurs. Et j'ai pleuré.

Je te pleure encore aujourd'hui, mais plus de la même façon. Je pleure de colère et de douleur pour toi. Pour les tiens aussi.
Je viens de terminer le livre de Max Clanet.
Ma colère vient de là… Pourquoi eût-il fallu que ce soit toi? Pourquoi n'étais-tu pas en retard ce jour-là? Pourquoi  tous ces mensonges?
J'ai pleuré parce qu'en lisant ces lignes, j'imaginais ta douleur, ton corps meurtri et j'ai trouvé cela terriblement injuste. Si jeune, si doux…
J'ai terminé le livre tard dans la nuit et j'ai eu du mal à m'endormir.
Alors, je décide aujourd'hui de t'écrire. J'ai écrit aussi à l'association, j'ai laissé un message pour tes parents.
J'admire ton père qui se bat encore, après tant d'années, pour rétablir la vérité.
Alors, si je peux apporter un peu de soutien à tes parents, ton frère, je le ferai sans hésiter… en ta mémoire. Cela me permettra peut-être de retrouver un peu de toi… Toi, qui a nous été si enlevé brutalement…
Je terminerai cette lettre en te disant que je t'ai aimé, je n'étais alors qu'une gamine de quatorze ans, tu en avais vingt-six. Et tu resteras toujours présent en moi.


dimanche 26 janvier 2014

Respirer

Respirer. Après avoir étouffé.
A l'image de l'héroïne de La leçon de piano, qui plonge, se laisse couler, et, tout à coup, remonte à la surface… sort la tête de l'eau et respire.
A l'image de Lulu, femme nue qui, se promenant au bord de mer, étend les bras, laisse le vent caresser ses cheveux et respire.
Des femmes détruites.


Je respire avec Toi. De concert. Tu es le vent dans mes cheveux, le vent qui monte en moi, m'oxygène, aère chaque particule de mon corps. Lui rend la vie. La prolonge.
Je respire aussi sans toi. En me promenant; avec mes amies; au cinéma; avec mes enfants; avec un livre; en écrivant. Il y a d'autres vents: tous les petits moments de bonheur que l'on peut savourer.

Je laisse entrer la Vie en moi. Le souffle.






samedi 25 mai 2013

Vieni Qui, mon chien

Tu es parti hier et je suis indiciblement triste...Je pleure.
Tous les souvenirs aujourd'hui me reviennent en mémoire: le jour où j'ai lu l'annonce dans le journal: Donne Cocker. Celui où j'ai été te chercher: tu t'es roulé dans les feuilles d'automne, ivre de liberté retrouvée; je t'ai emmené chez le toiletteur: tu n'étais plus le chien sale, plein de puces que j'avais récupéré; tu étais beau, ta robe luisait au soleil, douce; tu caracolais fièrement. Nous menions notre petite vie à deux: je te mettais dans un sac à dos, on partait à vélo, tout le monde s'extasiait sur la route; on allait à la plage, je te lançais des morceaux de bois que tu courais chercher en nageant, tu aboyais après les vagues, après les papillons...
Puis, Jean est arrivé: lorsque je suis revenue de la clinique je te l'ai présenté, petit d'homme dans sa nacelle, en espérant que ce soit un nouveau compagnon de jeu; et ce le fût. Je revois encore cette photo que j'adore où vous êtes tous les deux assis sur le seuil de la porte d'entrée, lui avec un casque pour écouter la musique et toi, le même casque en plastique sur tes longues oreilles!
Puis Eulalie: toujours fourrée dans ton panier, à t'apporter des jouets: diadème de princesse, peluches en tous genres! Et toujours en train de te faire des bisous. C'est drôle de voir comme les petites filles aiment les animaux...
Tous mes amis t'aimaient: tu ne sauras jamais tous les témoignages que j'ai eus; oui, tu étais un chien exceptionnel, d'une douceur extraordinaire, toujours partant pour un câlin, des léchouilles qui m'agaçaient quand je faisais mes étirements en revenant de mon footing!
Les belles balades, longues, il y a encore peu de temps; tu nous suivais péniblement lors des dernières, mais tu semblais apprécier te promener en liberté, en pleine nature.
C'était chouette. J'ai du mal à imaginer ma nouvelle vie sans toi. Moi qui râlais toujours parce qu'il y avait des poils partout, qui m'excusais auprès de tous ceux qui venaient à la maison parce que les derniers temps tu puais, il faut bien dire ce qui est...Plus de promenades le soir. Plus ton regard content quand la porte s'ouvrait...Je me demande ce que je vais bien pouvoir mettre à la place de ton panier, car je ne peux laisser la place vide...
Cela fait maintenant trois semaines...Je n'ai rien mis à la place de ton panier, finalement...Je pense toujours à toi, à ta disparition; c'est étrange, je n'arrive pas à imaginer la disparition physique: être là et ne plus l'être. Comment est-ce possible? C'est ce qui me dérange le plus dans la mort, je crois. Ce qui me semble le plus inconcevable. Tu as été incinéré; tu es désormais poussière.
Je ne vais plus sur le port de la même façon: j'ai du mal à aller jeter les bouteilles et les cartons qui s'entassent et finissent par me gêner au plus haut point sur la loggia.
Notre vie est différente désormais, sans toi.
Ton nom? Il venait d'un disque de Brigitte Bardot, un film, mais je ne sais plus lequel...Je le retrouverai sûrement un jour. Et j'écouterai la chanson avec un sourire nostalgique.



mardi 19 mars 2013

Stretto!

Le café est indubitablement italien. Même si de très bons cafés peuvent être éthiopiens ou sud-américains. Mais, le café est meilleur sur une place méditerranéenne. En Provence, sur une terrasse ombragée par les platanes;  sur une aire d'autoroute où l'on s'est arrêté et qui sent bon le départ en vacances, par une chaleur écrasante; au soleil timide de l'hiver, après avoir traversé la ville à vélo, pour se réchauffer.
Le café est la boisson des pauvres: c'est la moins chère. Celle qui permet de se poser sans se ruiner.
Ce qui me plaît le plus, c'est d'entrer dans un café (surtout à notre époque où plus personne ne fume à l'intérieur): l'odeur vous assaille, le brouhaha familier des gens attablés, souvent les mêmes suivant le jour et l'heure où l'on va déguster son petit noir, cette puissante odeur de café qui me fait gonfler les poumons pour pouvoir l'aspirer entièrement, me donner l'eau à la bouche, la savourer déjà. La télé diffuse un match de foot. Le serveur s'approche de ma table, et, sans que j'ai rien demandé, me sert mon "caffè stretto". Car je suis une habituée: tous les samedis matin, accompagnée ou seule, toujours avec mon magazine féminin. Pour le remercier, je lui envoie un compliment sur sa perspicacité: je me sens chez moi.
Toujours dans le même café: je n'aime pas changer car je suis une puriste...La marque proposée doit me convenir, à tel point que je regarde les tasses si je suis dans une ville inconnue. Idem pour le lieu: pas de voitures à proximité, une vue dégagée. Le café est un instant de pose, où l'on reprend des forces. Il faut se couper du monde, spatialement et temporellement.
Il peut aussi marquer la fin d'un bon repas, le prolongement de la convivialité: "Qui reprend du café?"
Le café est varié: noisette, allongé, serré, double, liégeois. Chacun le sien. Selon son humeur ou ses habitudes. Il s' adapte à tous.
Le pire? Celui bu en Angleterre et qui méritait bien son affreux nom de "jus de chaussette".
Le meilleur? Celui bu en Italie, dans un hôtel napolitain, au petit-déjeuner.

lundi 28 janvier 2013

A bicyclette

A la fois moderne et "vintage", le vélo revient en vogue et je voudrais en faire l'éloge: tout d'abord, c'est une pratique sportive, d'où les bienfaits que nous lui connaissons. Moi qui cours souvent, j'ai remarqué que, depuis que je vais travailler à vélo, mes cuisses souffrent moins et je parcours plus de kilomètres plus facilement. Sans compter que le vélo est complémentaire de la course à pieds sur le plan musculaire.
Mais le vélo a d'autres qualités: la première est qu'il nous fait respirer; en voiture, nous sommes cloîtrés dans un air artificiellement épuré de la pollution, en proie aux microbes de nos co-voituriers. Mais, à vélo, les bronches bien ouvertes, le cycliste inhale les mauvais gaz, me direz-vous. Et bien, une étude récente prouve le contraire: ceux qui seraient le plus exposés aux gaz des voitures et des bus sont les automobilistes! Le cycliste, lui, est à l'air "libre".
La deuxième qualité, découlant de la première, est justement cette merveilleuse sensation de liberté. Nous pouvons aller n'importe où, se faufiler entre les voitures, prendre un tronçon de trottoir, doubler et être le premier au feu rouge, si ce n'est avoir le plaisir de le griller (en faisant bien attention!).
Le cycliste ne fonctionne pas comme les autres personnes: il vit à l'envers. Sentir l'air frais de l'hiver le matin en partant, arriver en sueur, réchauffée de l'intérieur, alors que les autres grelottent encore depuis la sortie de leur lit; sentir de l'air l'été, tout le monde se plaignant de la chaleur étouffante. Le vélocipédiste est (r)éveillé, actif, réceptif. Il sent de loin l'odeur du mimosas au printemps, le petit rayon de soleil hivernal, la brise fraîche de l'automne. Il perçoit les changements des saisons et les vit physiquement.
Enfin, une des dernières qualités du vélo, et non la moindre, est l'enfance retrouvée: rouler à tombeau ouvert, descendre les rues et foncer sur les pigeons pour les voir s'envoler, faire tintinnabuler sa sonnette et regarder les passants nous ouvrir la route, comme si nous étions un roi.
Alors, pour rester en forme, gardons notre petit vélo en tête!