Des chevaux et des arbres.
Dans mon programme de reconstruction, j'avais prévu de reprendre l'équitation, que j'ai pratiqué étant enfant.
J'ai toujours eu ce sport à l'esprit même si j'ai vécu de longues périodes sans monter. Je rêvais de grands espaces, d'air frais, de neige, de soleil, de feuilles rousses.
J'ai repris l'équitation il y a quelques mois, dans un centre qui surplombe la ville. Nous pouvons admirer de ces hauteurs la rade à la tombée de la nuit, éclairée par les lumières urbaines, reflétées dans l'eau noire. C'est, chaque mardi, un plaisir renouvelé car toujours différent : la luminosité n'est jamais la même ; la lune parfois dentelée derrière les cyprès, parfois haute dans le ciel, éclaire le paysage qui s'assombrit peu à peu.
Les odeurs elles aussi varient. En ce doux hiver, à certains endroits de la carrière, je sens le mimosa en fleurs. A d'autres, c'est le figuier. Je suis ravie de humer, à pleins poumons, ces deux arbres familiers. Est-ce une reconstruction de mon esprit ? Lorsque j'étais enfant, au fond de notre jardin, il y avait un mimosa et je passais des journées entières dans les arbres. Cet arbre était ma seconde maison. En moi est restée ancrée son odeur entêtante, sa couleur chamarrée, la force de sa sève. Mes rêves ont pris racine en lui, montant toujours plus haut.L'été, je cueillais des figues par péché de gourmandise. Le figuier n'était pas mon refuge comme le mimosa mais mon fournisseur de sucrerie ! Quel délice : c'était de véritables bonbons..
Le mimosa a été coupé après un hiver glacial ; le figuier existe encore mais est bien vieux : ses figues sont toutes petites ; et la maison a été vendue...
Alors, il ne me restait que l'équitation pour retrouver ce coin de paradis dont j'ai besoin aujourd'hui car il est le ciment de ce que je suis.
J'aime arriver au centre équestre, lire sur le cahier le nom du cheval que je vais monter, brosser, seller, parler aux bêtes qui écoutent, qui regardent, qui sentent.
J'aime mettre le pied à l'étrier, m'élever, me poser et me concentrer sur mon corps et celui de ma monture. Il faut être attentif aux moindres détails.
J'aime me sentir épuisée à la fin du cours, l'esprit vidé mais régénéré ; sentir le pas du cheval pressé de rentrer à l'écurie ; enlacer l'encolure du cheval, respirer son odeur.
Chaque geste est un rituel. L'équitation est le seul élément immuable de ma vie.
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